« Micolo » est un mot italien qui fait écho à mica et signifie « quantité infime ».
Mais Micolo est aussi le nom d’un pur-sang anglais qui, sans avoir jamais remporté de grandes courses, a su offrir à son propriétaire et cavalier, Nicola Galli, la plus grande des satisfactions.
Pendant plus d’un quart de siècle, cheval et homme ont vécu presque en symbiose — une trajectoire de plus de neuf mille cinq cents jours, au cours de laquelle leurs cœurs semblaient battre au même rythme. Le même élan de passion : d’abord les onze années passées ensemble en piste, puis les quinze années suivantes d’un repos bien mérité pour le fils de Bering et Lady Quachita, entouré de l’affection fidèle d’amis proches.
Né le 1er mars 1995 et disparu le 9 mai 2021, Micolo continue de vivre — non seulement dans le cœur de Nicola Galli. Leur histoire, faite de dévouement et d’amour, demeure exemplaire.
UN SYMBOLE ET UN MODÈLE ÉTHIQUE ET ESTHÉTIQUE
Micolo est devenu le symbole d’un autre hippisme : un hippisme non seulement esthétique, mais aussi éthique. C’est ce que Nicola Galli appelle un « hippisme à expression humaniste. »
Ancien gentleman rider, aujourd’hui éleveur et propriétaire d’une écurie en France — baptisée du nom du cheval qui lui est le plus cher — Galli reconnaît s’inspirer de la pensée du créateur et philanthrope Brunello Cucinelli :
« Aujourd’hui, en Italie, le véritable visionnaire, c’est lui, qui a bâti un empire sur la pensée humaniste. Je n’ai pas encore construit cet empire, mais je m’en approche. Ma philosophie humaniste s’adresse avant tout à l’animal, et pas seulement aux comptes — même si aujourd’hui je les tiens en équilibre, avec mes collaborateurs et une structure qui me soutient dans tous les domaines. »
BIEN-ÊTRE ET SANTÉ
L’« hippisme humaniste » de Nicola Galli a permis à Micolo de bénéficier de ce qui, malheureusement, n’est pas garanti pour un pur-sang après sa carrière de courses : une vie en paddocks spacieux, sans contrainte.
Cette vieillesse paisible n’est pas une exception, mais une règle. Elle concerne tous les chevaux de la Scuderia Micolo, y compris ceux qui ne sont pas destinés à la reproduction.
« C’est une question de respect », explique l’éleveur, également conseiller financier.
« Mon activité est devenue une économie hippique humaniste, parce que je cherche à offrir aux chevaux la meilleure vie possible. Ces animaux extraordinaires ont la capacité de penser, mais pas celle de choisir. S’ils pouvaient parler, ils nous diraient peut-être ce qu’ils veulent vraiment — s’ils souhaitent courir. J’essaie de remplacer leur parcours imposé par quelque chose de beaucoup plus humain. »
CONTRAINTE ET MONOTONIE
Si le résultat en course est essentiel pour une écurie, la santé des chevaux l’est tout autant pour Galli, qui n’hésite pas à interroger le système : « Il est vrai que les chevaux aiment courir. Mais ils aiment courir ensemble, libres, dans les prés. Les courses sont une forme de contrainte. Leur quotidien est monotone : en dehors d’une heure d’entraînement, ils passent vingt-trois heures enfermés dans leur box. Les emmener en course sans être certain de leur condition me trouble. Cela me dérange depuis quelque temps déjà. »
LES HIPPODROMES ITALIENS
C’est aussi pour cette raison que Nicola Galli a choisi de s’éloigner des hippodromes italiens : « Je les ai quittés avec la certitude de ne pas y revenir. Non pas parce que je n’aime pas cet environnement, mais parce que je ne m’y reconnais plus. Les choses ont changé, elles se sont dégradées. Je n’ai plus le désir de fouler ces pistes qui, pendant des années, ont été ma maison — car j’ai passé plus de temps sur les hippodromes que chez moi. »
UN COUP DE FOUDRE
La mémoire de l’ancien gentleman rider revient à sa première rencontre avec Micolo : « Je l’ai découvert en 1996 aux ventes de Newmarket. J’ai vu un poulain audacieux qui, surpris par le coup de marteau du commissaire-priseur, s’est renversé dans le ring. À cette époque, je vivais d’émotions fortes, et il m’a conquis immédiatement. J’ai levé la main et je l’ai acheté, sans avoir les cent millions de lires nécessaires. J’ai trouvé un moyen de payer, grâce à une série de circonstances. Notre histoire a duré vingt-six ans. J’ai appris à comprendre son caractère difficile et craintif, et lui a marqué ma vie de manière unique. »
LA PAROLE SUFFISAIT
Cette singularité se résume dans une anecdote qui révèle la profondeur de leur lien : « À huit cents mètres de l’arrivée, raconte Galli, alors que les autres levaient la cravache, moi je lui parlais. “Allez Miki, on y est presque.” Il m’écoutait chaque jour, à l’aube, quand je l’emmenais s’entraîner. Il comprenait ma voix. Il reprenait son souffle, gonflait la poitrine, et je sentais mes jambes, serrées contre ses flancs, s’écarter. Micolo s’abaissait de quinze ou vingt centimètres et devenait un éclair. Je n’ai vécu cela qu’avec lui. C’est une émotion éternelle. C’était son engagement, qu’il me donnait — pour une seule parole. »
L’EMPREINTE DU RESPECT
La rencontre avec Micolo a profondément marqué Nicola Galli : « Je l’ai dressé, entraîné, accompagné en course. Nous avons gagné, souvent, perdu davantage, mais nous avons atteint ensemble des résultats importants. Pourtant, l’essentiel est ailleurs : Micolo a transformé ma vie. Il a laissé en moi une empreinte indélébile de respect pour les chevaux et pour les animaux en général. Une règle de conduite que je continue de suivre. Aujourd’hui, en tant qu’éleveur, je ne pense pas seulement à l’aspect économique : je me laisse guider par les émotions. Comme Micolo, les chevaux de mon écurie ont la possibilité de vivre une vieillesse sereine. Leur bien-être passe avant tout. »
LES CHEVAUX COMME DES MEMBRES DE LA FAMILLE
Dans l’épisode 106 de Mondo Galoppo, intitulé Micolo comme un fils, Nicola Galli formulait une réflexion essentielle : « Si tous ceux qui possèdent un cheval le considéraient comme un membre de la famille, notre monde serait différent. Moins lié à l’argent, aux paris, aux budgets — et bien plus capable d’attirer la passion et de nouvelles familles. »
LA MISSION DE FIL-IPPICA
Dans l’interview vidéo associée à cet article, Nicola Galli évoque également les projets à court et à long terme de la Scuderia Micolo, ainsi que les résultats obtenus par son élevage en France.
Son récit et son hippisme « à expression humaniste » rejoignent pleinement la mission de Fil-ippica, qui cherche à appliquer une culture humaniste au monde hippique, souvent controversé, en conjuguant — comme il se doit — éthique et esthétique, pour poursuivre cet horizon exigeant où se rencontrent vérité et beauté.



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